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L'ombre comme sensation lumineuse
Jean-Pierre Lescot (France) © Compagnie Jean-Pierre
Lescot, photographie : Brigitte Pougeoise
Pour Jean-Pierre Lescot, « l'ombre ne peut se cantonner dans la description car sa découverte, c'est la retrouvaille avec un élément poétique. Il faut comprendre ici le mot élément au sens des quatre éléments. L'ombre a sa place au côté de la terre, du vent, de l'eau, du feu bien sûr. C'est dire que la découvrir ou la redécouvrir n'est jamais innocent puisque, comme le disait Gaston Bachelard : "Pourquoi chercher des dialectiques d'idées quand on a au cœur d'un simple phénomène des dialectiques d'êtres ?" Il faut comprendre en effet que, comme la flamme, l'ombre, être sans masse, est cependant un être fort. A cet être, on ne peut que confronter son propre être dans une rencontre émouvante et marquante », écrit-il dans la revue de THEMAA, Mû, en 1994 (2).
L’ombre reste un espace-temps d’exploration et de réflexion. Elle interroge « dans ses rapports du petit au plus grand, dans ses rapports à la proportion, dans ses rapports à l’extravagance : l’ombre […] fait affleurer le monde des forces obscures. » Magie, phénomène physiologique ou neuro-psychique ? « […] Pays enchanté, contrée de l'âme, inconscient ? » L’ombre ou « la marionnette » reste « une entité en soi, ce qui explique pourquoi le primitif a conféré à cette image son autre moi, qu’il peut transporter ailleurs : il en fait le personnage qui peut établir le lien entre le mode des vivants et celui des morts, et au delà, le lien entre le réel et l’imaginaire. L'ombre traduit bien la partie de la menace, une sorte de conjuration de la menace. » Lescot tente de saisir ses origines - « l'homme est fasciné par son ombre comme s'il y a vu son double alors » - ne cessant de chercher ses interprétations. Jouant « de mimétisme avec l’humain », l’ombre s’en détache acquérant une « autonomie » dans le déplacement, glissant vers l’improbable, avec cette capacité d’apporter sa singulière extravagance. »
Le nom de sa compagnie, les Phosphènes, porte ses résonances, mettant en exergue ainsi la sensation lumineuse qui résulte de la compression des yeux quand les paupières sont closes, cette nomination rend lisible ses choix esthétiques et l’empreinte physique, sensorielle sur le public.
Ainsi, l’ombre va trouver chez Jean-Pierre Lescot la possibilité de concilier une double exigence : une narration intense et une veille à l’endroit de la réception, son art préserve ainsi une portée sociale. Respectueux d’une déontologie artistique exigeante, Jean-Pierre Lescot aurait relancé le théâtre d'ombres en France, influençant jusqu'au-delà de nos frontières.
2. LESCOT, Jean-Pierre, "Un être fort", préambule de l'article "Les matériaux de l'Ombre" dans Mû, n°3, Paris, THEMAA, 1994, p. 27. Consulter le numéro.
L'ombre comme sensation lumineuse
Jean-Pierre Lescot (France) © Compagnie Jean-Pierre
Lescot, photographie : Brigitte Pougeoise
Pour Jean-Pierre Lescot, « l'ombre ne peut se cantonner dans la description car sa découverte, c'est la retrouvaille avec un élément poétique. Il faut comprendre ici le mot élément au sens des quatre éléments. L'ombre a sa place au côté de la terre, du vent, de l'eau, du feu bien sûr. C'est dire que la découvrir ou la redécouvrir n'est jamais innocent puisque, comme le disait Gaston Bachelard : "Pourquoi chercher des dialectiques d'idées quand on a au cœur d'un simple phénomène des dialectiques d'êtres ?" Il faut comprendre en effet que, comme la flamme, l'ombre, être sans masse, est cependant un être fort. A cet être, on ne peut que confronter son propre être dans une rencontre émouvante et marquante », écrit-il dans la revue de THEMAA, Mû, en 1994 (2).
L’ombre reste un espace-temps d’exploration et de réflexion. Elle interroge « dans ses rapports du petit au plus grand, dans ses rapports à la proportion, dans ses rapports à l’extravagance : l’ombre […] fait affleurer le monde des forces obscures. » Magie, phénomène physiologique ou neuro-psychique ? « […] Pays enchanté, contrée de l'âme, inconscient ? » L’ombre ou « la marionnette » reste « une entité en soi, ce qui explique pourquoi le primitif a conféré à cette image son autre moi, qu’il peut transporter ailleurs : il en fait le personnage qui peut établir le lien entre le mode des vivants et celui des morts, et au delà, le lien entre le réel et l’imaginaire. L'ombre traduit bien la partie de la menace, une sorte de conjuration de la menace. » Lescot tente de saisir ses origines - « l'homme est fasciné par son ombre comme s'il y a vu son double alors » - ne cessant de chercher ses interprétations. Jouant « de mimétisme avec l’humain », l’ombre s’en détache acquérant une « autonomie » dans le déplacement, glissant vers l’improbable, avec cette capacité d’apporter sa singulière extravagance. »
Le nom de sa compagnie, les Phosphènes, porte ses résonances, mettant en exergue ainsi la sensation lumineuse qui résulte de la compression des yeux quand les paupières sont closes, cette nomination rend lisible ses choix esthétiques et l’empreinte physique, sensorielle sur le public.
Ainsi, l’ombre va trouver chez Jean-Pierre Lescot la possibilité de concilier une double exigence : une narration intense et une veille à l’endroit de la réception, son art préserve ainsi une portée sociale. Respectueux d’une déontologie artistique exigeante, Jean-Pierre Lescot aurait relancé le théâtre d'ombres en France, influençant jusqu'au-delà de nos frontières.
2. LESCOT, Jean-Pierre, "Un être fort", préambule de l'article "Les matériaux de l'Ombre" dans Mû, n°3, Paris, THEMAA, 1994, p. 27. Consulter le numéro.