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Que raconte Taéma ?
"Dans le royaume de Taema, arrive un jour la mauvaise conseillère, la « Chuchoteuse ». Le vieux roi meurt. La Chuchoteuse, jouant alors de la lâcheté, de l'appétit de pouvoir des uns et des autres, entraîne le pays dans le chaos et la haine. Au milieu du carnaval grotesque, le timbalier de Taema retrouve sa fiancée, quand, tout-à-coup, le chef des gardes annonce la mobilisation pour la guerre.
Notre amoureux est sur la liste des appelés. Il quitte sa fiancée, mais reste plein d'espoir. La bataille fait rage. Traumatisé par la cruauté et la mort, le timbalier erre sur le champ de bataille, sans autre souvenir que son amour. La Chuchoteuse veut profiter de cette « épave » pour accroître la confusion.
Elle persuade le roi peureux de prendre pour gendre le timbalier, qu'elle présente comme le héros des combats... Taema n'est pas que cette histoire-là." (3)
Inspiré par la tradition, le metteur en scène s’amuse de la précision graphique des cartons découpés et plaqués sur l'écran et du jeu des couleurs et des lumières. Se détachant nettement grâce à un projecteur fixe, il élabore des images en mouvement. Têtes en carton, corps en tissus : ses ombres souples, presque vivantes, vibrent, ondoient, enflent, tournent sur elles-mêmes pour presque disparaître quand elles ne laissent plus voir que leur tranche. Le jeu consiste à les approcher ou à les éloigner de l’écran pour leur donner une matière et de l’épaisseur ou au contraire, aller jusqu’à jouer avec la transparence. Grâce au tissu, il colore les ombres en rouge, ocre, sépia et, travaillant avec plusieurs sources à la fois, la lumière permet des dédoublements : « ombres impressionnistes dont les proportions changent en fonction des variations de la lumière et du degré de transparence de leurs matériaux. Elles se révélèrent très théâtrales, vibrantes et vives, d'une présence immédiate », écrit Henryk Jurkowski.
"Ma démarche est donc de les bousculer avec ce parti pris d’apporter une contemporanéité au théâtre d’ombres : interroger par exemple la composante écran sur sa forme, sa matière, la composante source lumineuse sur sa multiplication, sa coloration, sa mouvance.
Il faut toujours travailler sur cette interpellation par un travail d’observation, toujours réinterroger ses outils et la matière qui va être façonnée par l’outil. C’est toujours la même démarche. C’est de cette manière que j’ai renouvelé, je crois, le théâtre d’ombres par l’observation et l’essai ce qui m’a permis d’enseigner ce travail sur l’analyse des gestes et des formes de telle manière que cela devienne un signe et que ces signes trouvent leur cohérence entre eux."
S’ajoute un travail sur le souffle et la musicalité des mots.
"Dans Taema, j’expérimentais les scènes, comme celle du roi ou celle du crime mais le texte n’arrivait pas : la résistance des matériaux imposait son énergie visuelle souvent liée au son comme si tu avais mis de la musique. C’étaient des sons étranges et Didier [de Calan] est venu comme le traducteur de ces sons étranges, ces mots étrangers. On est aussi pleinement dans la poésie qui révèle la musique des mots."
Mêlant passages descriptifs et narratifs, le spectacle est joué dans une langue inventée primitive - le gromelang - plus expressive qu’explicative. Cette langue à base de sonorités étranges s’harmonise avec l'expressionnisme visuel des ombres et avec la musique originale de Jacques Coutureau, composée en dialogue avec l’image.
"Les mots n'étaient plus porteurs d'idées, ils étaient « la matérialisation » de sensations, d'émotions et d'états d'être. Je travaillais alors sur le souffle et le son de la voix. Sans m'en rendre compte j'ai créé un choc, la tension émotionnelle y était très forte. Le spectacle se développait dans l'ambiance de la folie, du crime et de la guerre. Comme dans Macbeth ou dans le Roi Lear... Mon seul regret : ne pas avoir eu un orchestre en direct et de feu pour source lumineuse."
Parente nocturne de la marionnette à vue comme la définit Mathieu Braunstein, l’ombre a trouvé dans ce spectacle, sinon son maître, au moins son magicien. « Voyager aux pays des ombres ce n'est pas seulement dévoiler le secret des hommes et des choses, montrer leur double sombre. C'est préférer un univers ondoyant, élastique, tremblant qui dit la fragilité du rire, de la vie, de l'humour et de l'amour ».
3. Texte extrait d'un document de promotion du spectacle, intitulé "Les phosphènes présentent Taema ou la fiancée du timbalier. Théâtre d'ombres. Compagnie Jean-Pierre Lescot", Marne-la-Vallée, 1981. Consultable sur demande au Centre de Documentation et des Collections du Pôle International de la Marionnette : dossier documentaire du spectacle.
Que raconte Taéma ?
"Dans le royaume de Taema, arrive un jour la mauvaise conseillère, la « Chuchoteuse ». Le vieux roi meurt. La Chuchoteuse, jouant alors de la lâcheté, de l'appétit de pouvoir des uns et des autres, entraîne le pays dans le chaos et la haine. Au milieu du carnaval grotesque, le timbalier de Taema retrouve sa fiancée, quand, tout-à-coup, le chef des gardes annonce la mobilisation pour la guerre.
Notre amoureux est sur la liste des appelés. Il quitte sa fiancée, mais reste plein d'espoir. La bataille fait rage. Traumatisé par la cruauté et la mort, le timbalier erre sur le champ de bataille, sans autre souvenir que son amour. La Chuchoteuse veut profiter de cette « épave » pour accroître la confusion.
Elle persuade le roi peureux de prendre pour gendre le timbalier, qu'elle présente comme le héros des combats... Taema n'est pas que cette histoire-là." (3)
Inspiré par la tradition, le metteur en scène s’amuse de la précision graphique des cartons découpés et plaqués sur l'écran et du jeu des couleurs et des lumières. Se détachant nettement grâce à un projecteur fixe, il élabore des images en mouvement. Têtes en carton, corps en tissus : ses ombres souples, presque vivantes, vibrent, ondoient, enflent, tournent sur elles-mêmes pour presque disparaître quand elles ne laissent plus voir que leur tranche. Le jeu consiste à les approcher ou à les éloigner de l’écran pour leur donner une matière et de l’épaisseur ou au contraire, aller jusqu’à jouer avec la transparence. Grâce au tissu, il colore les ombres en rouge, ocre, sépia et, travaillant avec plusieurs sources à la fois, la lumière permet des dédoublements : « ombres impressionnistes dont les proportions changent en fonction des variations de la lumière et du degré de transparence de leurs matériaux. Elles se révélèrent très théâtrales, vibrantes et vives, d'une présence immédiate », écrit Henryk Jurkowski.
"Ma démarche est donc de les bousculer avec ce parti pris d’apporter une contemporanéité au théâtre d’ombres : interroger par exemple la composante écran sur sa forme, sa matière, la composante source lumineuse sur sa multiplication, sa coloration, sa mouvance.
Il faut toujours travailler sur cette interpellation par un travail d’observation, toujours réinterroger ses outils et la matière qui va être façonnée par l’outil. C’est toujours la même démarche. C’est de cette manière que j’ai renouvelé, je crois, le théâtre d’ombres par l’observation et l’essai ce qui m’a permis d’enseigner ce travail sur l’analyse des gestes et des formes de telle manière que cela devienne un signe et que ces signes trouvent leur cohérence entre eux."
S’ajoute un travail sur le souffle et la musicalité des mots.
"Dans Taema, j’expérimentais les scènes, comme celle du roi ou celle du crime mais le texte n’arrivait pas : la résistance des matériaux imposait son énergie visuelle souvent liée au son comme si tu avais mis de la musique. C’étaient des sons étranges et Didier [de Calan] est venu comme le traducteur de ces sons étranges, ces mots étrangers. On est aussi pleinement dans la poésie qui révèle la musique des mots."
Mêlant passages descriptifs et narratifs, le spectacle est joué dans une langue inventée primitive - le gromelang - plus expressive qu’explicative. Cette langue à base de sonorités étranges s’harmonise avec l'expressionnisme visuel des ombres et avec la musique originale de Jacques Coutureau, composée en dialogue avec l’image.
"Les mots n'étaient plus porteurs d'idées, ils étaient « la matérialisation » de sensations, d'émotions et d'états d'être. Je travaillais alors sur le souffle et le son de la voix. Sans m'en rendre compte j'ai créé un choc, la tension émotionnelle y était très forte. Le spectacle se développait dans l'ambiance de la folie, du crime et de la guerre. Comme dans Macbeth ou dans le Roi Lear... Mon seul regret : ne pas avoir eu un orchestre en direct et de feu pour source lumineuse."
Parente nocturne de la marionnette à vue comme la définit Mathieu Braunstein, l’ombre a trouvé dans ce spectacle, sinon son maître, au moins son magicien. « Voyager aux pays des ombres ce n'est pas seulement dévoiler le secret des hommes et des choses, montrer leur double sombre. C'est préférer un univers ondoyant, élastique, tremblant qui dit la fragilité du rire, de la vie, de l'humour et de l'amour ».
3. Texte extrait d'un document de promotion du spectacle, intitulé "Les phosphènes présentent Taema ou la fiancée du timbalier. Théâtre d'ombres. Compagnie Jean-Pierre Lescot", Marne-la-Vallée, 1981. Consultable sur demande au Centre de Documentation et des Collections du Pôle International de la Marionnette : dossier documentaire du spectacle.