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Rites d'initiation et secret
Utilisation des effigies dans les rites d’initiation
Photo Christophe Loiseau.
Musée de l'Ardenne.
Les effigies jouent également un rôle important dans certains rites initiatiques. Elles peuvent servir lors de rites de passage à l’âge adulte, dans lesquels elles sont parfois l’habitacle d’un esprit qui communique avec l’initié. Pour le comédien Bakary Sangare, la marionnette était sa « confidente et amie, qu’il tenait en main et à laquelle il parlait pendant sa retraite initiatique »(1).
« Pendant l’initiation, la marionnette assiste le novice. »(2)
Au-delà de ce rôle d’accompagnement des effigies, les jeunes hommes peuvent être amenés à adopter, notamment lors du rite entourant leur circoncision, des comportements et des mouvements qui rappellent les effigies, « homme qui se fait marionnette »(3). Ils prennent l’aspect de revenants pour revenir parmi les vivants après leur séjour dans un lieu secret. Ils meurent ainsi symboliquement, car l’initiation à la vie adulte inclut l’expérience de la mort. L’initiation est comme une deuxième « vraie » naissance.
Initiation aux secrets des effigies
Les effigies utilisées dans les différentes cérémonies sont considérées comme des divinités et elles sont utilisées de la même manière que les statuettes sacrées. Par leur lien avec les rites initiatiques et de toutes sortes, les effigies – et parmi elles la marionnette – sont très liées au mystère. Ainsi, seuls les initiés ont accès aux secrets de la marionnette, qu’ils soient liés à sa confection, à sa manipulation ou à son langage.
A travers l’Afrique, et en fonction des peuples, chaque classe d’âge, chaque classe sociale, chaque groupe ethnique, chaque association peut avoir ses propres marionnettes. Jusqu’à récemment, les groupes qui avaient accès aux secrets des marionnettes étaient exclusivement masculins. Cependant, des femmes luttent depuis les années 1980 pour se faire une place dans ce milieu réservé aux hommes, et certaines d’entre elles sont aujourd’hui reconnues internationalement (Were Were Liking en Côte d'Ivoire, Patricia Gomis au Sénégal).
En ce qui concerne la reconnaissance du type de personnages utilisés dans le théâtre de marionnettes, l’initiation aux secrets se fait à différents degrés, qui permettent de reconnaître leurs signes distinctifs : matériaux, forme du corps, couleurs, etc.
Il faut être initié pour manipuler des effigies, sous peine de punition. En effet, les effigies venant selon les légendes de puissances supérieures (ancêtres, esprits, magicien·ne·s, etc.), les manipuler sans être initié à leurs secrets peut entraîner des conséquences graves, qui vont de la stérilité à la mort. Dans les légendes des origines, les hommes à qui des forces surnaturelles ont transmis les effigies et qui ont révélé leurs secrets sont tous tués :
« Parce que dans la tradition […] africaine en général, la marionnette est un fétiche, un objet sacré avec lequel on ne joue pas impunément. »(4)
Le marionnettiste africain lorsqu'il impliqué dans les rites – qu’ils soient funéraires, initiatiques, etc. – est un intermédiaire entre les esprits – ou Dieu lui-même – et les vivants. Cependant, ce n’est pas lui qui insuffle l’esprit dans les effigies. C’est l'effigie elle-même qui est animée par les esprits. Le marionnettiste est au service du monde des esprits – et donc de la marionnette –, et il protège les vivants non-initiés de la dangerosité de cette communication. Il reste donc généralement en retrait par rapport à l'effigie, et il cache les « trucs » qui donnent l’illusion de la vie de l’objet, et qui sont des secrets bien gardés.
Des rituels, accompagnés parfois de sacrifices, peuvent précéder la fabrication des effigies et les spectacles, notamment lorsque les effigies sont fabriquées à partir de bois sacré. Le constructeur s’isole alors de la société pour fabriquer son effigie loin des regards des non-initiés.
Musées Gadagne
- DARKOWSKA-NIDZGORSKI, Olenka, NIDZGORSKI, Denis, Le chant de l’oiseau : théâtre de marionnettes, racines africaines, Paris : non édité, 1997
- Ibid.
- DARKOWSKA-NIDZGORSKI, Olenka, Théâtre populaire de marionnettes en Afrique Sud-Saharienne, Bandundu : CEEBA productions, 1980
- DARKOWSKA-NIDZGORSKI, Olenka (compilateur), UNIMA Informations : L’Afrique noire en marionnettes, Charleville-Mézières : UNIMA, 1988
Rites d'initiation et secret
Utilisation des effigies dans les rites d’initiation
Photo Christophe Loiseau.
Musée de l'Ardenne.
Les effigies jouent également un rôle important dans certains rites initiatiques. Elles peuvent servir lors de rites de passage à l’âge adulte, dans lesquels elles sont parfois l’habitacle d’un esprit qui communique avec l’initié. Pour le comédien Bakary Sangare, la marionnette était sa « confidente et amie, qu’il tenait en main et à laquelle il parlait pendant sa retraite initiatique »(1).
« Pendant l’initiation, la marionnette assiste le novice. »(2)
Au-delà de ce rôle d’accompagnement des effigies, les jeunes hommes peuvent être amenés à adopter, notamment lors du rite entourant leur circoncision, des comportements et des mouvements qui rappellent les effigies, « homme qui se fait marionnette »(3). Ils prennent l’aspect de revenants pour revenir parmi les vivants après leur séjour dans un lieu secret. Ils meurent ainsi symboliquement, car l’initiation à la vie adulte inclut l’expérience de la mort. L’initiation est comme une deuxième « vraie » naissance.
Initiation aux secrets des effigies
Les effigies utilisées dans les différentes cérémonies sont considérées comme des divinités et elles sont utilisées de la même manière que les statuettes sacrées. Par leur lien avec les rites initiatiques et de toutes sortes, les effigies – et parmi elles la marionnette – sont très liées au mystère. Ainsi, seuls les initiés ont accès aux secrets de la marionnette, qu’ils soient liés à sa confection, à sa manipulation ou à son langage.
A travers l’Afrique, et en fonction des peuples, chaque classe d’âge, chaque classe sociale, chaque groupe ethnique, chaque association peut avoir ses propres marionnettes. Jusqu’à récemment, les groupes qui avaient accès aux secrets des marionnettes étaient exclusivement masculins. Cependant, des femmes luttent depuis les années 1980 pour se faire une place dans ce milieu réservé aux hommes, et certaines d’entre elles sont aujourd’hui reconnues internationalement (Were Were Liking en Côte d'Ivoire, Patricia Gomis au Sénégal).
En ce qui concerne la reconnaissance du type de personnages utilisés dans le théâtre de marionnettes, l’initiation aux secrets se fait à différents degrés, qui permettent de reconnaître leurs signes distinctifs : matériaux, forme du corps, couleurs, etc.
Il faut être initié pour manipuler des effigies, sous peine de punition. En effet, les effigies venant selon les légendes de puissances supérieures (ancêtres, esprits, magicien·ne·s, etc.), les manipuler sans être initié à leurs secrets peut entraîner des conséquences graves, qui vont de la stérilité à la mort. Dans les légendes des origines, les hommes à qui des forces surnaturelles ont transmis les effigies et qui ont révélé leurs secrets sont tous tués :
« Parce que dans la tradition […] africaine en général, la marionnette est un fétiche, un objet sacré avec lequel on ne joue pas impunément. »(4)
Le marionnettiste africain lorsqu'il impliqué dans les rites – qu’ils soient funéraires, initiatiques, etc. – est un intermédiaire entre les esprits – ou Dieu lui-même – et les vivants. Cependant, ce n’est pas lui qui insuffle l’esprit dans les effigies. C’est l'effigie elle-même qui est animée par les esprits. Le marionnettiste est au service du monde des esprits – et donc de la marionnette –, et il protège les vivants non-initiés de la dangerosité de cette communication. Il reste donc généralement en retrait par rapport à l'effigie, et il cache les « trucs » qui donnent l’illusion de la vie de l’objet, et qui sont des secrets bien gardés.
Des rituels, accompagnés parfois de sacrifices, peuvent précéder la fabrication des effigies et les spectacles, notamment lorsque les effigies sont fabriquées à partir de bois sacré. Le constructeur s’isole alors de la société pour fabriquer son effigie loin des regards des non-initiés.
Musées Gadagne
- DARKOWSKA-NIDZGORSKI, Olenka, NIDZGORSKI, Denis, Le chant de l’oiseau : théâtre de marionnettes, racines africaines, Paris : non édité, 1997
- Ibid.
- DARKOWSKA-NIDZGORSKI, Olenka, Théâtre populaire de marionnettes en Afrique Sud-Saharienne, Bandundu : CEEBA productions, 1980
- DARKOWSKA-NIDZGORSKI, Olenka (compilateur), UNIMA Informations : L’Afrique noire en marionnettes, Charleville-Mézières : UNIMA, 1988