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Art de la stylisation... et poétique du moindre effort
spectacle © Pôle International de la Marionnette
C’est alors qu’il est prisonnier en 1940 que Joly s’attache plus particulièrement à la marionnette. Elle lui permet de faire des spectacles de bric et de broc, avec la complicité des camarades infirmiers. À partir de là, son itinéraire est ce que son fils Sylvestre, qui succèdera à Tournaire au sein de la troupe, décrit comme une recherche constante de simplification, d’économie de l’effort et du plaisir de vivre et de jouer (5).
Entre 1942 et 1946, les premiers spectacles, Le Théâtre du Berger, Le Septième Jour, L'Arche de Noé, La Fille à l'anneau d'or, La Malle à malices, ou encore Polka dans l'île, destinés au jeune public, s'affranchissent progressivement du castelet orné mais sont encore interprétés avec des marionnettes en volume, grandes marottes bricolées à partir de matériaux de récupération, tasseaux, charnières de portes, chutes de tissu. Les têtes sont en papiétage, recouvert de tarlatane et peintes. Mais cet attirail est lourd et encombrant à construire, à manier, à ranger, à réparer. Au fil de longues séances où il semble ne rien faire, lisant ou fumant la pipe calé dans son fauteuil, Joly se débarrasse petit à petit de tout, adopte le fond noir pour faire ressortir les couleurs, et ce que Sylvestre appelle « le concept colle limpidol, trombone, punaise et scotch ». Il prend une matière - ce sera d’abord le papier, en 1946 avec Bristol, et plus tard du carton, des ombrelles de crépon, des feuilles de mousse, ou de la tôle - lui donne une forme, et confie la maquette ainsi créée à Tournaire, pour qu’il improvise. Ce dernier est toujours en verve, il propose, ponctuant ses mouvements d’onomatopées cocasses. Joly, qui l’admire (6), le laisse faire, retient ce qui fonctionne. Ensemble, ils explorent les propriétés du matériau, ses bruits, sa résistance à l’air, l’expressivité de ses tremblements. Petit à petit le scénario et la chorégraphie se fixent sur une musique - il a aussi abandonné le texte. Ils sont quatre derrière la bande du castelet, confiant, selon les circonstances, à l’un des six enfants, aux voisins et camarades de passage dans la maison grande ouverte, ou à un grand miroir fixé au plafond, le soin de faire des retours. D’allègements de la partie matérielle du spectacle en stylisations successives, par amour du geste, et par plaisanterie, Joly en vient à travailler avec sa troupe sans plus manipuler d’objet mais avec « les mains seules ». Un spectacle du même nom est crée en 1949 à la Rose rouge (7). Les spectacles ainsi créés sont destinés aux adultes, Joly refuse de faire des scolaires (8).
5. Entretien avec Sylvestre Joly par Raphaèle Fleury (Figanières, 25 mars 2017), réalisation Stéphane Nota, Pôle International de la Marionnette.
6. Voir le journal tenu par Yves Joly au moment des débuts à la Rose Rouge avec "Les Mains seules", fonds Yves Joly, Pôle International de la Marionnette.
7. C'est le titre du spectacle créé en 1949 à la Rose Rouge, où s'enchaînent des tableaux exécutés au moyen des mains gantées des quatre interprètes : lutte dans "Pugilat", anecdote nudiste avec "Baignade", poésie aquatique dans "Fonds marins", jeux et feux d'artifices dans "Fête foraine". Ce titre, choisi par dérision puisque le fait de ne jouer qu'avec les mains était aussi une provocation, est un clin d'oeil à Sartre (Les Mains sales, paru l'année précédente), salué au cours du spectacle qu'ils introduisaient ainsi : " 'Les Mains seules', de Simone Va-te-faire-voir et que Jean-Paul sorte !" (Témoignage de Sylvestre Joly).
8. Voir la correspondance avec les salles de spectacles et tourneurs, fonds Yves Joly, Pôle International de la Marionnette.
Art de la stylisation... et poétique du moindre effort
spectacle © Pôle International de la Marionnette
C’est alors qu’il est prisonnier en 1940 que Joly s’attache plus particulièrement à la marionnette. Elle lui permet de faire des spectacles de bric et de broc, avec la complicité des camarades infirmiers. À partir de là, son itinéraire est ce que son fils Sylvestre, qui succèdera à Tournaire au sein de la troupe, décrit comme une recherche constante de simplification, d’économie de l’effort et du plaisir de vivre et de jouer (5).
Entre 1942 et 1946, les premiers spectacles, Le Théâtre du Berger, Le Septième Jour, L'Arche de Noé, La Fille à l'anneau d'or, La Malle à malices, ou encore Polka dans l'île, destinés au jeune public, s'affranchissent progressivement du castelet orné mais sont encore interprétés avec des marionnettes en volume, grandes marottes bricolées à partir de matériaux de récupération, tasseaux, charnières de portes, chutes de tissu. Les têtes sont en papiétage, recouvert de tarlatane et peintes. Mais cet attirail est lourd et encombrant à construire, à manier, à ranger, à réparer. Au fil de longues séances où il semble ne rien faire, lisant ou fumant la pipe calé dans son fauteuil, Joly se débarrasse petit à petit de tout, adopte le fond noir pour faire ressortir les couleurs, et ce que Sylvestre appelle « le concept colle limpidol, trombone, punaise et scotch ». Il prend une matière - ce sera d’abord le papier, en 1946 avec Bristol, et plus tard du carton, des ombrelles de crépon, des feuilles de mousse, ou de la tôle - lui donne une forme, et confie la maquette ainsi créée à Tournaire, pour qu’il improvise. Ce dernier est toujours en verve, il propose, ponctuant ses mouvements d’onomatopées cocasses. Joly, qui l’admire (6), le laisse faire, retient ce qui fonctionne. Ensemble, ils explorent les propriétés du matériau, ses bruits, sa résistance à l’air, l’expressivité de ses tremblements. Petit à petit le scénario et la chorégraphie se fixent sur une musique - il a aussi abandonné le texte. Ils sont quatre derrière la bande du castelet, confiant, selon les circonstances, à l’un des six enfants, aux voisins et camarades de passage dans la maison grande ouverte, ou à un grand miroir fixé au plafond, le soin de faire des retours. D’allègements de la partie matérielle du spectacle en stylisations successives, par amour du geste, et par plaisanterie, Joly en vient à travailler avec sa troupe sans plus manipuler d’objet mais avec « les mains seules ». Un spectacle du même nom est crée en 1949 à la Rose rouge (7). Les spectacles ainsi créés sont destinés aux adultes, Joly refuse de faire des scolaires (8).
5. Entretien avec Sylvestre Joly par Raphaèle Fleury (Figanières, 25 mars 2017), réalisation Stéphane Nota, Pôle International de la Marionnette.
6. Voir le journal tenu par Yves Joly au moment des débuts à la Rose Rouge avec "Les Mains seules", fonds Yves Joly, Pôle International de la Marionnette.
7. C'est le titre du spectacle créé en 1949 à la Rose Rouge, où s'enchaînent des tableaux exécutés au moyen des mains gantées des quatre interprètes : lutte dans "Pugilat", anecdote nudiste avec "Baignade", poésie aquatique dans "Fonds marins", jeux et feux d'artifices dans "Fête foraine". Ce titre, choisi par dérision puisque le fait de ne jouer qu'avec les mains était aussi une provocation, est un clin d'oeil à Sartre (Les Mains sales, paru l'année précédente), salué au cours du spectacle qu'ils introduisaient ainsi : " 'Les Mains seules', de Simone Va-te-faire-voir et que Jean-Paul sorte !" (Témoignage de Sylvestre Joly).
8. Voir la correspondance avec les salles de spectacles et tourneurs, fonds Yves Joly, Pôle International de la Marionnette.