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Sortie du castelet et manipulation à vue
Sortir de l'ombre du castelet
Au cours du XXe siècle, sous l’influence d’artistes occidentaux qui découvrent le bunraku et autres formes de marionnettes asiatiques où les animateurs sont souvent visibles, des marionnettistes européens choisissent de “sortir” du castelet. Ils ne se dissimulent plus nécessairement pour manipuler des objets. On dit qu’ils manipulent “à vue”.
Le fait que l’acteur-marionnettiste soit visible lui permet de jouer un rôle aux côtés des objets : dans un même spectacle, il peut ainsi alterner entre une attitude “neutre” de manipulateur (en retrait par rapport aux objets) et des interventions en tant qu’acteur (qui interprète un rôle et interagit avec les autres personnages).
Mettre tout le corps en jeu
Par ailleurs, les possibilités pour animer les objets se multiplient aussi. L’objet peut toujours être “manipulé” au sens étymologique, c’est-à-dire mis en mouvement par la main de l’acteur-marionnettiste, mais parfois la tête, le pied, le coude, le genou… ou tout le corps de l'acteur vont être impliqués dans la mise en mouvement des objets. Le geste d’animation est ainsi parfois proche d’une danse.
Visible (totalement ou partiellement), l’acteur-marionnettiste peut aussi se servir de certains de ses membres pour compléter le corps d’une marionnette : il peut lui prêter sa tête (dans le cas des humanettes ou kokoschkas), ses jambes (comme pour certaines marionnettes portées), ou encore ses mains. Un masque ou un objet fragmentaire fixé au corps de l’interprète - tel une “prothèse” - fait alors apparaître un corps fictif. Ce mélange de membres humains et non-humains permet de mettre en scène des corps impossibles, fantastiques, hors-normes. Certains artistes se saisissent de cette possibilité pour aborder des questions d’identité, comme celles du genre ou de l’âge. L'hybridation des corps permet aussi de parler de la folie, de la gémellité, du rapport à l’Autre, ou encore de donner à voir des personnages hantés par des êtres disparus.
Mettre la relation entre l'interprète et l'objet au coeur de l'action scénique
Par ailleurs, lorsque la manipulation se fait à vue, la relation entre le marionnettiste et l’objet peut devenir l’un des sujets du spectacle. Le jeu avec des corps humains et non-humains de tailles différentes peut permettre, par exemple, de mettre en scène le soin et l’attention au plus fragile que soi ou, à l’inverse, des jeux de pouvoir ou une relation de domination. L’interprétation du spectateur est influencée par le mode de contrôle des marionnettes. L’objet tenu, directement par la main de l’interprète ou attaché à des fils, peut nous parler d’aliénation et de désirs de libération. Une manipulation par le dessus ou le dessous peut donner à voir la relation à une forme de transcendance, alors que des rapports horizontaux entre l’humain et l’objet peut faire jouer une forme de complicité entre deux personnages. De façon générale, le fait que le geste de manipulation devienne visible et qu’il soit dramatisé ajoute souvent au sens du spectacle une réflexion sur la condition humaine.
Créer des scénographies vivantes
Enfin, la forme du castelet - et des scénographies en général - s’est diversifiée avec la sortie de l’ombre des manipulateurs. La fonction de castelet, qui cadre les regards et l’espace de jeu, s’est vue parfois assurée par un simple fil, une planche, un cadre. Les marionnettes et leurs animateurs peuvent désormais utiliser toute la scène, voire la salle. Les espaces de jeu se sont ouverts, fragmentés, démultipliés. Leur structure-même est parfois manipulée au cours du spectacle. Un castelet modulable resté célèbre est celui créé par Alain Recoing pour Manipulsations. Certains artistes développent aussi la technique du corps-castelet en utilisant leur propre corps comme espace de jeu pour la marionnette.
L'ensemble de ces pratiques, où se confrontent et se mêlent les corps des interprètes et les objets, et où l’espace lui-même s’anime, nous invite, en tant que spectateurs, à élargir notre conception de ce qu’est “la marionnette” aujourd’hui. Celle-ci n’est pas toujours un objet anthropomorphe (de forme humaine) ou zoomorphe (de forme animale) : on peut la percevoir dans la forme que dessinent ensemble les corps et les objets, ou dans la relation entre ces éléments du spectacle et l’espace, relation qui fait parfois surgir des présences sensibles mais sans corps palpables.
Sortie du castelet et manipulation à vue
Sortir de l'ombre du castelet
Au cours du XXe siècle, sous l’influence d’artistes occidentaux qui découvrent le bunraku et autres formes de marionnettes asiatiques où les animateurs sont souvent visibles, des marionnettistes européens choisissent de “sortir” du castelet. Ils ne se dissimulent plus nécessairement pour manipuler des objets. On dit qu’ils manipulent “à vue”.
Le fait que l’acteur-marionnettiste soit visible lui permet de jouer un rôle aux côtés des objets : dans un même spectacle, il peut ainsi alterner entre une attitude “neutre” de manipulateur (en retrait par rapport aux objets) et des interventions en tant qu’acteur (qui interprète un rôle et interagit avec les autres personnages).
Mettre tout le corps en jeu
Par ailleurs, les possibilités pour animer les objets se multiplient aussi. L’objet peut toujours être “manipulé” au sens étymologique, c’est-à-dire mis en mouvement par la main de l’acteur-marionnettiste, mais parfois la tête, le pied, le coude, le genou… ou tout le corps de l'acteur vont être impliqués dans la mise en mouvement des objets. Le geste d’animation est ainsi parfois proche d’une danse.
Visible (totalement ou partiellement), l’acteur-marionnettiste peut aussi se servir de certains de ses membres pour compléter le corps d’une marionnette : il peut lui prêter sa tête (dans le cas des humanettes ou kokoschkas), ses jambes (comme pour certaines marionnettes portées), ou encore ses mains. Un masque ou un objet fragmentaire fixé au corps de l’interprète - tel une “prothèse” - fait alors apparaître un corps fictif. Ce mélange de membres humains et non-humains permet de mettre en scène des corps impossibles, fantastiques, hors-normes. Certains artistes se saisissent de cette possibilité pour aborder des questions d’identité, comme celles du genre ou de l’âge. L'hybridation des corps permet aussi de parler de la folie, de la gémellité, du rapport à l’Autre, ou encore de donner à voir des personnages hantés par des êtres disparus.
Mettre la relation entre l'interprète et l'objet au coeur de l'action scénique
Par ailleurs, lorsque la manipulation se fait à vue, la relation entre le marionnettiste et l’objet peut devenir l’un des sujets du spectacle. Le jeu avec des corps humains et non-humains de tailles différentes peut permettre, par exemple, de mettre en scène le soin et l’attention au plus fragile que soi ou, à l’inverse, des jeux de pouvoir ou une relation de domination. L’interprétation du spectateur est influencée par le mode de contrôle des marionnettes. L’objet tenu, directement par la main de l’interprète ou attaché à des fils, peut nous parler d’aliénation et de désirs de libération. Une manipulation par le dessus ou le dessous peut donner à voir la relation à une forme de transcendance, alors que des rapports horizontaux entre l’humain et l’objet peut faire jouer une forme de complicité entre deux personnages. De façon générale, le fait que le geste de manipulation devienne visible et qu’il soit dramatisé ajoute souvent au sens du spectacle une réflexion sur la condition humaine.
Créer des scénographies vivantes
Enfin, la forme du castelet - et des scénographies en général - s’est diversifiée avec la sortie de l’ombre des manipulateurs. La fonction de castelet, qui cadre les regards et l’espace de jeu, s’est vue parfois assurée par un simple fil, une planche, un cadre. Les marionnettes et leurs animateurs peuvent désormais utiliser toute la scène, voire la salle. Les espaces de jeu se sont ouverts, fragmentés, démultipliés. Leur structure-même est parfois manipulée au cours du spectacle. Un castelet modulable resté célèbre est celui créé par Alain Recoing pour Manipulsations. Certains artistes développent aussi la technique du corps-castelet en utilisant leur propre corps comme espace de jeu pour la marionnette.
L'ensemble de ces pratiques, où se confrontent et se mêlent les corps des interprètes et les objets, et où l’espace lui-même s’anime, nous invite, en tant que spectateurs, à élargir notre conception de ce qu’est “la marionnette” aujourd’hui. Celle-ci n’est pas toujours un objet anthropomorphe (de forme humaine) ou zoomorphe (de forme animale) : on peut la percevoir dans la forme que dessinent ensemble les corps et les objets, ou dans la relation entre ces éléments du spectacle et l’espace, relation qui fait parfois surgir des présences sensibles mais sans corps palpables.