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Nouvelles écritures, nouvelles expériences pour les spectateurs
Les sciences cognitives l’ont montré : le cerveau humain interprète spontanément les formes qu’il regarde, il les complète et donne du sens à toutes les interactions et mouvements observés. Rendre les spectateurs actifs en les mettant face à des images et des corps incomplets est justement un principe fondamental des arts de la marionnette. Les créateurs contemporains stimulent à l’extrême cette faculté de projection imaginaire, en proposant non plus des drames avec marionnettes mais des “dispositifs marionnettiques”.
A quel type d’expérience peut-on s’attendre lorsque l’on se rend spectateurs de créations marionnettiques contemporaines ?
Jouer avec la capacité de projection du spectateur
Les artistes nous savent capables de percevoir une présence marionnettique dans les interstices et dans les relations entre les corps, les objets, les fluides, les sons, les lumières et les éléments scénographiques en mouvement. La connaissance, même intuitive, de nos processus neurologiques et cognitifs (ceux-là même sur lesquels se fondent les innovations technologiques dans le domaine de la reconnaissance faciale, par exemple !) leur permet de réduire parfois à l’extrême les balises qu’ils fournissent aux spectateurs pour s’orienter. Par exemple, certains marionnettistes vont jouer de notre faculté à projeter de la vie là où nous reconnaissons une simple respiration. Un mouvement cyclique de gonflement et de dégonflement d’un sac peut suffire à cela. A la limite, un léger tremblement de tissu ou un frisson parcourant une fourrure, nous feront projeter de la vie sur une matière inerte et informe. De même, nous serions capables d’imaginer une présence à partir de la simple avancée d’un nuage, d’autant plus si son rythme est perturbé par des événements : un éclair, une accélération du flux, un changement de lumière : nous sentons que quelque chose se passe. L’art du marionnettiste devient ainsi celui de “manipuler” nos projections intimes. Il va chercher à les stimuler et à les orienter à partir d’une multitude de signaux et de codes, pour que nous, spectateurs, construisions nous-mêmes des images... parfois invisibles !
Éclatement du récit et écritures par collage
De plus, certains spectacles nous plongent dans un univers, sans orienter notre chemin par le fil d’un récit. Plutôt que de mettre en scène des dialogues et des actions incarnées par des acteurs ou figurées par des objets animés, les écritures marionnettiques contemporaines s’orientent nettement depuis la fin du XXe siècle vers des dramaturgies plus éclatées, des “dispositifs” construits par collage et superposition de différents langages (visuel, musical, plastique). En articulant différents médiums suivant une logique parfois implicite, les artistes comptent sur l’imagination des spectateurs pour “reconstituer” un sens ou tout au moins pour se construire un cheminement sensible et cohérent dans le dispositif proposé.
Or cette sorte d’enquête à laquelle nous sommes invités implique de porter une attention aiguë au dispositif scénique, autrement dit à l’agencement de tous les éléments scéniques. Plus ou moins guidés à travers les résonances et les contrastes entre eux, les spectateurs sont invités à être pleinement présents et à l’écoute de toutes leurs sensations, afin de percevoir tous les indices du drame qui se joue. Le travail du spectateur de bunraku n’est pas bien différent lorsqu’il imagine et accepte que la voix du récitant soit celle du personnage dont il voit la marionnette sur scène.
De la marionnette au "dispositif marionnettique"
On peut donc reconnaître dans les écritures contemporaines une reprise de principes propres à l’animation marionnettique classique et une transposition ou une extension de ceux-ci à l’ensemble des éléments qui constituent le spectacle. La manipulation y est parfois transposée à des médiums comme le son et la lumière. La réflexion sur le vivant et l’inerte peut être portée par le seul langage chorégraphique du mouvement des interprètes. Les objets anthropomorphes peuvent être centraux mais laissés inertes. Les créations s’inscrivent donc de différentes façons dans une filiation technique ou sensible avec les arts de la marionnette. C’est pourquoi aussi certains choisissent de parler de “théâtre de marionnettistes” ou encore de “dispositif marionnettique” plus que de “théâtre de marionnettes”.
Ces explorations artistiques peuvent parfois s’avérer déroutantes, décevantes, voire éprouvantes, dans la mesure où elles expérimentent les limites du sensible, de l’expression et de la suggestion. Mais elles puisent aussi parfois dans cette zone limite la capacité de nous faire apparaître avec une force toute particulière nos drames invisibles et enfouis. Les figures sans visages qu’elles mettent en jeu sont celles de nos souvenirs, de nos rêves et de nos hantises. Autant d’images qui ont un caractère d’irréalité mais qui agissent réellement dans nos existences, autant d’images intimes dont les artistes nous montrent pourtant que nous les partageons avec d’autres.
Nouvelles écritures, nouvelles expériences pour les spectateurs
Les sciences cognitives l’ont montré : le cerveau humain interprète spontanément les formes qu’il regarde, il les complète et donne du sens à toutes les interactions et mouvements observés. Rendre les spectateurs actifs en les mettant face à des images et des corps incomplets est justement un principe fondamental des arts de la marionnette. Les créateurs contemporains stimulent à l’extrême cette faculté de projection imaginaire, en proposant non plus des drames avec marionnettes mais des “dispositifs marionnettiques”.
A quel type d’expérience peut-on s’attendre lorsque l’on se rend spectateurs de créations marionnettiques contemporaines ?
Jouer avec la capacité de projection du spectateur
Les artistes nous savent capables de percevoir une présence marionnettique dans les interstices et dans les relations entre les corps, les objets, les fluides, les sons, les lumières et les éléments scénographiques en mouvement. La connaissance, même intuitive, de nos processus neurologiques et cognitifs (ceux-là même sur lesquels se fondent les innovations technologiques dans le domaine de la reconnaissance faciale, par exemple !) leur permet de réduire parfois à l’extrême les balises qu’ils fournissent aux spectateurs pour s’orienter. Par exemple, certains marionnettistes vont jouer de notre faculté à projeter de la vie là où nous reconnaissons une simple respiration. Un mouvement cyclique de gonflement et de dégonflement d’un sac peut suffire à cela. A la limite, un léger tremblement de tissu ou un frisson parcourant une fourrure, nous feront projeter de la vie sur une matière inerte et informe. De même, nous serions capables d’imaginer une présence à partir de la simple avancée d’un nuage, d’autant plus si son rythme est perturbé par des événements : un éclair, une accélération du flux, un changement de lumière : nous sentons que quelque chose se passe. L’art du marionnettiste devient ainsi celui de “manipuler” nos projections intimes. Il va chercher à les stimuler et à les orienter à partir d’une multitude de signaux et de codes, pour que nous, spectateurs, construisions nous-mêmes des images... parfois invisibles !
Éclatement du récit et écritures par collage
De plus, certains spectacles nous plongent dans un univers, sans orienter notre chemin par le fil d’un récit. Plutôt que de mettre en scène des dialogues et des actions incarnées par des acteurs ou figurées par des objets animés, les écritures marionnettiques contemporaines s’orientent nettement depuis la fin du XXe siècle vers des dramaturgies plus éclatées, des “dispositifs” construits par collage et superposition de différents langages (visuel, musical, plastique). En articulant différents médiums suivant une logique parfois implicite, les artistes comptent sur l’imagination des spectateurs pour “reconstituer” un sens ou tout au moins pour se construire un cheminement sensible et cohérent dans le dispositif proposé.
Or cette sorte d’enquête à laquelle nous sommes invités implique de porter une attention aiguë au dispositif scénique, autrement dit à l’agencement de tous les éléments scéniques. Plus ou moins guidés à travers les résonances et les contrastes entre eux, les spectateurs sont invités à être pleinement présents et à l’écoute de toutes leurs sensations, afin de percevoir tous les indices du drame qui se joue. Le travail du spectateur de bunraku n’est pas bien différent lorsqu’il imagine et accepte que la voix du récitant soit celle du personnage dont il voit la marionnette sur scène.
De la marionnette au "dispositif marionnettique"
On peut donc reconnaître dans les écritures contemporaines une reprise de principes propres à l’animation marionnettique classique et une transposition ou une extension de ceux-ci à l’ensemble des éléments qui constituent le spectacle. La manipulation y est parfois transposée à des médiums comme le son et la lumière. La réflexion sur le vivant et l’inerte peut être portée par le seul langage chorégraphique du mouvement des interprètes. Les objets anthropomorphes peuvent être centraux mais laissés inertes. Les créations s’inscrivent donc de différentes façons dans une filiation technique ou sensible avec les arts de la marionnette. C’est pourquoi aussi certains choisissent de parler de “théâtre de marionnettistes” ou encore de “dispositif marionnettique” plus que de “théâtre de marionnettes”.
Ces explorations artistiques peuvent parfois s’avérer déroutantes, décevantes, voire éprouvantes, dans la mesure où elles expérimentent les limites du sensible, de l’expression et de la suggestion. Mais elles puisent aussi parfois dans cette zone limite la capacité de nous faire apparaître avec une force toute particulière nos drames invisibles et enfouis. Les figures sans visages qu’elles mettent en jeu sont celles de nos souvenirs, de nos rêves et de nos hantises. Autant d’images qui ont un caractère d’irréalité mais qui agissent réellement dans nos existences, autant d’images intimes dont les artistes nous montrent pourtant que nous les partageons avec d’autres.