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    • Parcours croisé franco-québécois : Des coproductions, des co-créations de part et d'autre de l'Atlantique : retours d'expériences ; Pomme, 2011 - compagnie Garin Trousseboeuf (France) et Théâtre des Petites Âmes (Québec)
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  3. Un art de la fête au Mali
Marionnette Bambara du Mali. Photo : Christophe Loiseau
Marionnette Bambara du Mali. Photo : Christophe Loiseau
Marionnette Bambara du Mali. Photo : Christophe Loiseau

Un art de la fête au Mali

Masques et marionnettes dans le théâtre traditionnel des peuples bamana, malinké et bozo.
Auteure : Amaëlle Favreau. 
Article publié dans Puck n°18 "Marionnettes en Afrique", 2011.

Marionnette Bambara du Mali. Photo : Christophe Loiseau
Marionnette Bambara du Mali. Photo : Christophe Loiseau

Un art de la fête au Mali

Masques et marionnettes dans le théâtre traditionnel des peuples bamana, malinké et bozo.
Auteure : Amaëlle Favreau. 
Article publié dans Puck n°18 "Marionnettes en Afrique", 2011.

  • Introduction

  • Les peuples malinké, bamana et bozo

  • Histoire du théâtre de masques et de marionnettes au Mali

  • Les associations traditionnelles

  • Les danses de masques et de marionnettes

  • Les masques et les marionnettes

  • Les marionnettes habitables

  • Processus de création et style

  • Des rythmes distincts

  • Les animaux du répertoire

  • Monde des esprits, monde des hommes

  • L'éthique et l'innovation

  • Créations du XXIe siècle

Introduction

Un jour de fête à Pélenguéna, janvier 2002. Avant que le spectacle ne commence, les jeunes de l'association se retrouvent dans une cour pour partager un repas. Il s'agit de prendre des forces avant une nuit de fête qui s'annonce éprouvante pour les danseurs, les comédiens, les musiciens et les chanteuses. Les dernières retouches sont apportées aux costumes des créatures mystérieuses et multicolores qui vont danser le soir même. Les masques et les marionnettes, fraîchement repeints pour la fête, arborent leurs vives couleurs comme un présage de bonne humeur. Les castelets en forme d'animaux, recouverts de paille et d'étoffes chatoyantes, attendent d'être amenés jusqu'à la place de danse. La soirée se déroule sur la grande place du quartier de Pélenguéna à Ségou. L'ambiance est joyeuse. Les habitants de Pélenguéna et des alentours arrivent petit à petit, chacun arborant une tenue de fête colorée et raffinée. La danse des masques et des marionnettes Sogobò est un événement important auquel chacun souhaite participer. L'affluence est telle que la place est à pein assez grande pour accueillir tout le monde. Les plus audacieux montent sur les toits ou sur les branches des arbres voisins. Au début de la soirée, l'agitation est à son comble. L'orchestre joue, les enfants dansent, crient et se chahutent, le public exprime bruyamment sa joie et son impatience... Les danseurs arrivent les premiers sur la place de danse. Après quelques acrobaties et facéties, ils quittent la place. A peine quelques minutes après, les voilà de retour accompagnés des acteurs majeurs de la soirée, les maques et les marionnettes. Ces créatures mystérieuses surgissent brusquement à travers la foule et prennent possession de la place de danse. Les applaudissements et les exclamations fusent de toutes parts. Les imposants castelets en forme de buffle, de vache ou d'antilope dansent majestueusement au centre de la place, acclamés par le public. Ils s'immobilisent enfin ; les marionnettes juchées sur leur dos ou sur leur tête prennent alors vie pour le plus grand plaisir du public. Les castelets sont d'énormes animaux dont le corps est constitué d'une armature rigide, en bois ou en bambou, recouverte de paille et de tissu coloré. Leur stature majestueuse permet à deux ou trois hommes d'y prendre place. A l'avant des castelets sont fixées des têtes d'animaux en bois sculpté, elles aussi de taille imposante : certaines mesurent plus de deux mètres de haut. Outre ces gros animaux portant sur leur dos de petits personnages animés, le spectacle est assuré par d'immenses marionnettes habitables et de danseurs masqués. Ces créatures colorées qui envahissent tour à tour la place de danse, incarnent des animaux, des hommes ou des esprits. Entre chaque performance de masques ou de marionnettes, des intermèdes sont assurés par les acrobates, les danseurs et les pitres de l'association. De temps à autre, la place est offerte au public afin que les plus audacieux puissent venir danser et laisser libre cours à leur talent. Le spectacle riche, joyeux et coloré se prolonge ainsi jusqu'au bout de la nuit.

 

Colorés et joyeux, les masques et les marionnettes du théâtre Sogobò au Mali révèlent leur véritable beauté et leur énergie profonde en dansant au coeur des fêtes traditionnelles, entourés de liesse populaire et de musique. Ces oeuvres sont entièrement au service de la création collective qu'est la performance. La beauté de cet art théâtral n'est pas seulement visuelle et musicale, elle vient tout autant de la nature collective et enthousiaste de la performance, du dialogue actif établi entre le public et les artistes, de l'intensité du moment partagé.

 

Ainsi chez le Bamana, les Malinké et les Bozo du Mali, le théâtre de masques et de marionnettes s'inscrit dans le contexte de grandes fêtes populaires. Ces fêtes, destinées à divertir la communauté, se caractérisent par une pluridisciplinarité remarquable puisqu'elles associent musique, chant, danse, acrobatie et théâtre. L'expressivité des masques et des marionnettes est renforcée par la gaieté de la musique et la virtuosité de la danse. La participation active et enthousiaste de l'ensemble de la communauté contribue en outre à faire de ces représentations théâtrales des temps forts de la vie du village. Mais, bien plus encore qu'une fête populaire, la danse des masques et des marionnettes est aussi une cérémonie destinée à honorer les esprits et à attirer leur bienveillance sur le village.

Liens utiles

  • Fête rituelle au Mali. Unesco.org

Les peuples malinké, bamana et bozo

Au Mali, Le théâtre de masques et de marionnettes est une tradition commune aux peuples Bamana, Malinké et Bozo, dont l'histoire et la culture sont étroitement liées depuis des siècles. Enclavé au cœur de l'Afrique de l'Ouest, le Mali se situe au carrefour des routes commerciales transsahariennes qui sillonnaient jadis cette région. La situation stratégique du Mali favorisa à l'époque médiévale l'émergence sur son territoire des grands empires : l'empire du Ghana, l'empire du Mali et enfin, l'Empire songhaï. Ces empires successifs unifièrent pendant plusieurs siècles un vaste territoire et réunirent en leur sein les différents peuples de la zone méridionale du Mali. Du fait de cette longue histoire commune, les peuples de la zone sud-ouest du Mali présentent ainsi une réelle homogénéité culturelle et partagent ainsi de nombreux traits culturels, linguistiques et religieux.

Les Bamana, appelés aussi Bambaras, constituent un peuple important établi sur un large territoire dans la parti méridionale du pays.

Les Malinké vivent essentiellement dans le sud-ouest du Mali et dans la région de la haute Guinée.

 

L'activité économique principale des Bamana et des Malinké est l’agriculture vivrière, mais ils pratiquent aussi le commerce et l'élevage. Les Bozo sont un peuple de pêcheurs qui, dans le passé, étaient essentiellement établis dans la région du delta intérieur du fleuve Niger, mais qui sont aujourd’hui présents dans une grande partie du Mali, sur les rives des fleuves Niger et Sénégal. Le théâtre de masques et de marionnettes est présent dans une large zone située dans la moitié sud du pays. Commune à plusieurs peuples, cette tradition transcende les barrières ethniques, souvent artificielles. Ainsi, les peuples du Mali qui pratiquent cet art théâtral ont développé ensemble une expression artistique métissée, pluridisciplinaire et polymorphe.

Histoire du théâtre de masques et de marionnettes au Mali

Le théâtre traditionnel de masques et de marionnettes du Mali occupe une place majeure dans l’histoire du théâtre africain. Le Mali est en effet l'un des centres les plus importants de production de marionnettes en Afrique. L'importance de cette tradition au Mali n'a d’égale que son ancienneté puisque le premier témoignage écrit sur l'existence de cette forme théâtrale remonte à l'époque de l'empire du Mali. Ainsi, le géographe arabe Ibn Battuta séjourna en 1355 à la cour du Mali et il décrit, dans le récit de ses voyages, la façon dont des comédiens se produisaient devant l'empereur du Mali, « déguisés en oiseaux, avec des costumes en plumes surmontés d’une tête en bois avec un bec rouge ». Ce témoignage rappelle la représentation de l'oiseau dans le théâtre traditionnel actuel du Mali et atteste l’ancienneté de cet art théâtral.

Marionnette du Mali : Koté Kono, l'oiseau calao au grand bec.
Photo : Christophe Loiseau. Propriétaire : Musée de l'Ardenne.

 

Ibn Battuta écrit d’ailleurs que ces arts « remontaient à la nuit des temps, bien avant l'avènement de l'islam dans cette région ». 

 

La région de Ségou est généralement présentée comme le berceau de cet art théâtral et reste aujourd’hui un centre majeur pour le théâtre de masques et de marionnettes. Cette région est d’ailleurs celle qui fut la mieux étudiée au fil du temps puisque de nombreux chercheurs y ont travaillé. L'idée que le théâtre de masques et de marionnettes est née au sein de la communauté bozo est largement répandue.
Un mythe bozo, recueilli par Mary Jo Arnoldi dans la région de Ségou, explique l’origine des masques et des marionnettes de théâtre : Toboji Centa, un pêcheur bozo, fut enlevé par des esprits de la nature, wòkulò. Les esprits emmenèrent Toboji Centa en brousse et l’initièrent à l’art des marionnettes. De retour dans son village de Gomitogo, sur les berges du Niger, à l’est de Ségou, il transmit son savoir et enseigna aux hommes de sa communauté l’art de donner vie aux créatures de bois.

Les associations traditionnelles

Néanmoins, l’idée que le théâtre de masques et de marionnettes est une tradition bozo, que les Bamana et les Malinké auraient apprise à leur contact, peut probablement être nuancée. Cette forme d'art a ainsi une réelle importance chez les Bamana comme chez les Malinké, y compris d’ailleurs dans des zones suffisamment éloignées du fleuve pour que le lien avec les Bozo semble ténu. La pratique du théâtre de masques et de marionnettes est ainsi avérée dans la région de Kita (1), dans la région des monts Mandingues (2) (sud-ouest de Bamako) ainsi qu'au sud-est de Bamako (3). En raison des liens forts qui unissent ces peuples depuis des siècles, il semble difficile de connaître précisément l’origine du théâtre de masques et de marionnettes pratiqué par les Bamana, les Bozo et les Malinké. Les différences qui existent au niveau des types d'objets mis en scène, des formes de spectacles et de la dénomination des festivités, montrent qu'il existe une réelle diversité des expressions théâtrales au Mali.

Ces traditions théâtrales coexistent, s'influencent et s'enrichissent tant au niveau des formes que des thèmes, mais il semble difficile d’en définir une comme étant à l’origine des autres. Ces expressions théâtrales présentent de nombreuses similitudes qui tendent à montrer qu'elles ont une origine commune et qu'elles constituent peut-être un héritage culturel ancien commun aux peuples Bamana, Malinké et Bozo : chaque communauté a ensuite fait évoluer cet héritage culturel en fonction de son histoire et de son identité particulière.

Au Mali, les représentations théâtrales sont organisées par des associations traditionnelles appelées ton. Ces "troupes" villageoises regroupaient traditionnellement tous les jeunes gens d'un même quartier ou d'un même village ; aujourd'hui, elles se sont bien souvent élargies pour fédérer l'ensemble des adultes actifs. Ces associations traditionnelles assument des fonctions éducatives, sociales, économiques et culturelles (4). Les associations organisent des travaux collectifs destinés à garantir des revenus à l'association. Les sociétaires peuvent également travailler gratuitement au bénéfice de l'un d'entre d'eux, l'association fonctionnant alors comme une société d'entraide. Le rôle social des ton s'exprime aussi à travers le soutien apporté aux personnes les plus faibles de la communauté (les malades, les personnes âgées isolées ou encore les veuves). Enfin, cette notion de solidarité sociale se manifeste par la prise en charge de travaux collectifs non rémunérés dans l'intérêt de la communauté villageoise (entretien des infrastructures du village : routes, ponts, puits, écoles, etc.). A travers ces travaux réalisés pour le bien-être de la communauté ou au service des plus démunis, l'association enseigne à ses membres un comportement citoyen.

 

Les associations traditionnelles s'impliquent en outre dans la vie du village en organisant des réjouissances destinées à divertir l'ensemble de la communauté : théâtre de masques et de marionnettes, théâtre de comédiens, fêtes vouées à la musique et à la danse ou encore veillées consacrées à la récitation de contes et de légendes. Les activités culturelles de l'association permettent à l'ensemble de la communauté villageoise de se retrouver pour partager un moment de joie et de communication, ce qui permet de renforcer la cohésion sociale.

 

Les adolescents sont initiés à l'art des masques et des marionnettes par leurs aînés lorsqu'ils deviennent membre de l'association. Ils apprennent à danser, à porter les masques ou à manipuler les marionnettes. Ils découvrent aussi la richesse symbolique des personnages et les chants qui leur sont associés. par les masques et les marionnettes, les jeunes gens sont amenés à s'approprier leur patrimoine culturel pour mieux le perpétuer ensuite. 
Les associations de jeunesse occupent une place à part au sein de la société dans la mesure où ce sont les rares structures traditionnelles regroupant à la fois les jeunes hommes et les jeunes femmes.  

Femme : marionnette bambara. Collection
patrimoniale du Pôle International
de la Marionnette - Jacques Félix.

Les femmes sont groupées au sein d'une association parallèle à celle des hommes. Pour l'organisation des fêtes, les deux associations travaillent en collaboration. Seuls les hommes sont autorisés à faire danser les masques et les marionnettes, mais les femmes participent tout de même de façon très active aux fêtes, durant les préparatifs et pendant les festivités. Au sein de sociétés fortement hiérarchisées et cloisonnées en fonction du sexe et de l'âge, le théâtre de masques et de marionnettes apparaît alors comme un facteur remarquable de cohésion et d'harmonie sociale. En effet, les représentations théâtrales traditionnelles offrent à toute la communauté, sans distinction d'âge, de sexe ou d'origine ethnique, l'occasion unique de se retrouver pour partager des moment privilégiés de communication, de création et de liesse populaire.

 

 

 

 

 

 

  1. La célèbre mission Dakar-Djibouti, dirigée par Marcel Griaule et organisée par le musée d'ethnographie du Trocadéro, collecta ainsi en 1931 à Kita un théâtre de marionnettes composé d'un castelet en forme d'antilope et de trois marionnettes à tiges (deux personnages et un oiseau).
  2. Amaëlle Favreau (2009) et Patrick McNaughton (1988).
  3. Mamadou Samake a notamment observé cette tradition dans les villages bamana de Koniobla et de Dara.
  4. Etienne (1991), Tamba (2001), Paulme (1971), Ligers (1964), Imperato (1980), Brink (1977).

Les danses de masques et de marionnettes

Les danses de masques et de marionnettes s'inscrivent dans le contexte de fêtes populaires, riches et complètes, qui mettent en scène musique, chant, danses, acrobaties, scènes de théâtre, mascarades et jeu de marionnettes. Ces réjouissances sont des temps forts de la vie sociale et l'atmosphère festive qui entoure ces manifestations contribue à en faire des éléments marquants de le vie du village.

 

La musique qui accompagne les masques et les marionnettes est vouée à la danse et à la joie. Les tambours joués uniquement par les hommes sont les principaux instruments utilisée lors des danses de masques et de marionnettes.
Tout au long du spectacle, les femmes accompagnent les rythmes des tambours avec des instruments en calebasse ou des claquettes en bois. Les chants des femmes sont très importants, car ils permettent de comprendre l'histoire du personnage ou de l'animal mis en scène.
Ces fêtes sont destinées à honorer les esprits de la nature afin qu'ils protègent le village et assurent l'abondance des pluies, des récoltes et de la pêche. Chez les Bamana et les Malinké, les fêtes sont généralement organisées avant l'arrivée des pluies, en mai et en juin, puis après les récoltes, en octobre et en novembre.
Chez les pêcheurs bozo, les fêtes sont plutôt liées au cycle de la pêche et sont souvent organisées au moment des grandes pêches collectives ou pour célébrer une chasse couronnées de succès. Outre les réjouissances liées au cycle de la nature, de nombreuses fêtes sont organisées tout au long de l'année pour célébrer les événements marquants de la vie sociale (mariages, baptêmes, fête de l'indépendance du Mali, tec.), mais aussi dans le seul but de s'amuser.

 

Bien que l'organisation des fêtes soit traditionnellement confiée aux membres des associations culturelles, on peut considérer que les spectacles sont une réalisation collective du village tout entier. En effet, chacun apporte son aide lors des préparatifs et l'ensemble de la communauté participe activement pendant les festivités en chantant, en dansant et en frappant des mains. Les fêtes traditionnelles du Mali sont l'oeuvre d'une communauté dont elles reflètent l'âme et le savoir-faire. Les représentations théâtrales qui mettent en scène masques et marionnettes portent des noms différents selon les régions.

Cheval Bozo.
Photo Christophe Loiseau.
Musée de l'Ardenne.

Elles peuvent ainsi être appelées sogobò, dobù ou encore cèko. Le nom sogobò, utilisé dans la région de Ségou, signifie « l'animal sort » et fait référence aux animaux majestueux qui sont mis en scène lors des représentations théâtrales. Dans la région du Macina, autour de Djenné, cet art est appelé cèko, « l'affaire des hommes ». Cette appellation rappelle que seuls les hommes sont autorisés à donner vie aux masques et aux marionnettes. Le terme dobô fait, quant à lui, référence à l'importance du secret. Ainsi, pour préserver la magie des fêtes, les secrets qui permettent de donner vie à ces créatures étranges sont bien gardés. Un magicien ne révèle jamais les secrets de ses tours; de la même façon, les marionnettistes et les danseurs entretiennent ce côté mystérieux qui donne à leur art un charme magique.

Les masques et les marionnettes

Au Mali, le théâtre populaire de masques et de marionnettes met en scène une grande diversité d'objets : petites marionnettes à tige, castelets animés, marionnettes habitables et masques. Dans le cas du théâtre malien, il semble plus juste de parler d’objets théâtraux, car certains objets sont difficiles à définir en tant que masque ou en tant que marionnette. C'est notamment le cas des majestueux castelets en forme d’animaux et des marionnettes géantes. En l'occurrence, la classification occidentale des objets semble adaptée pour exprimer sa richesse et la complexité des objets utilisés dans le cadre du théâtre sogobò.

Le berceau surmonté
d'un personnage féminin. 
Musées Gadagne - Ville de Lyon.


Les marionnettes à tiges, appelées mogoninkun, représentent une très grande variété de personnages. Ces petites marionnettes apparaissent sur le dos de gros castelets en forme d'animaux, par une fente ouverte dans le tissu. Les marionnettistes sont dissimulés à l’intérieur. 

 

Ces marionnettes en bois sculpté mesurent entre trente et quatre-vingts centimètres de haut environ. Elles sont animées à l’aide de manettes ou de ficelles. Le corps de la marionnette ainsi que les mains peuvent être articulés, ce qui permet d'obtenir des mouvements très subtils. Plus une marionnette peut effectuer de mouvements différents, plus elle est appréciée par le public. Les scènes obtenues sont toujours très vivantes et pleines de charme.
On peut ainsi voir les femmes piler le mil, le chasseur armer son fusil, le cavalier brandir son sabre, le tisserand au travail ou encore les musiciens frapper en rythme la peau de leurs tambours.

 

 

Les marionnettes du Mali jouent le plus souvent des scènes sans paroles. Pour les rendre expressives, les marionnettistes doivent maîtriser parfaitement les techniques de manipulation. Les marionnettes s'expriment par le mouvement. Leur jeu, accompagné par la musique et les chants, est proche de la danse. Quelques marionnettes sont pourvues d’un système sonore, sifflet ou mirliton, qui leur permet d'émettre des sons étranges, renforçant ainsi leur dimension surnaturelle et mystérieuse.

 

Le berceau où se dissimule l'opérateur : 
Marionnette-castelet.
Musées Gadagne - Ville de Lyon.

Les castelets qui accueillent sur leur dos les petites marionnettes représentent des animaux. Le castelet peut être considéré comme une marionnette puisque sa tête est presque toujours articulée et que le castelet lui-même est mis en mouvement par les marionnettistes dissimulés à l'intérieur. Ces gros animaux appelés sogoba (5) représentent généralement une vache, un buffle ou une antilope. Les castelets sont très imposants et sont souvent animés par plusieurs hommes. Les castelets animés sont constitués d’une armature faite de tiges de bambou ou de fines branches d'arbres.

L'armature, kalaka, constitue le corps de l'animal. Elle est entièrement recouverte de tissu et la partie inférieure est fréquemment
garnie de fibres végétales assez longues pour cacher les pieds des marionnettistes lorsque le castelet danse et se soulève. La majestueuse tête en bois sculpté est fixée à l’avant du castelet. Cette sculpture de taille imposante est réalisée avec beaucoup de soin et généralement peinte de couleurs vives. Les longues cornes des animaux sont fréquemment ornées de petites figurines sculptées et souvent articulées.

 

5. En langue bamana, ce terme désigne un animal de taille imposante.

Les marionnettes habitables

Les marionnettes géantes, appelées aussi marionnettes habitables, sont des objets caractéristiques du théâtre traditionnel sogobò. On peut les définir comme des marionnettes de grande taille, mises en mouvement par le corps entier du marionnettiste dissimulé à l'intérieur de la marionnette. Elles se distinguent des castelets animés dans la mesure où elles n’accueillent pas de petites marionnettes sur leur dos.

Appelées meren ou merenkun, les marionnettes habitables de forme humaine sont constituées de têtes ou de bustes sculptés qui reposent généralement sur la tête ou les épaules du danseur dont le corps est toujours caché par un ample costume. Elles peuvent être pourvues de bras articulés à l’aide de manettes ou de mains indépendantes du buste tenues directement dans les mains du manipulateur.

Merenkun, marionnette féminine à double face.
Photo : Roseline Augustin. Musées Gadagne - Ville de Lyon.

 

Les marionnettes habitables figurant des animaux sont constituées d'une armature en bambou, conique ou rectangulaire. L'armature, recouverte de fibres végétales ou de tissu, forme le corps de l'animal. La tête en bois sculpté est articulée : la tête de l’animal bouge au rythme de la musique grâce à une perche en bois actionnée par le danseur dissimulé à l’intérieur de l'armature. Les oreilles et les mâchoires peuvent également être mises en mouvement. Certains animaux comme le boa, le crocodile, le scorpion, le lamantin et le poisson appartiennent à une catégorie particulière de marionnettes habitables appelées «marionnettes rampantes ». Ces marionnettes se caractérisent par leur forme plate qui contraint le danseur dissimulé à l'intérieur, à ramper sur le sol.

 

Les masques utilisés dans le cadre du théâtre traditionnel sogobò présentent une remarquable diversité de formes. Le danseur porte toujours un costume, en tissu ou en fibres végétales, qui dissimule son corps entier. Lorsque le danseur incarne un animal, il se tient légèrement courbé vers l'avant et tient dans ses mains deux bâtons qui figurent les pattes avant de l’animal. Les masques incarnent des personnages issus de la vie quotidienne, de l'histoire, des mythes ou des contes. Les masques zoomorphes sont toutefois les plus nombreux et semblent être les plus anciens.

Processus de création et style

Les marionnettes, les castelets animés, les marionnettes habitables et les masques du théâtre sogobò sont la propriété collective des associations culturelles traditionnelles d’un village, d’un quartier ou d'une famille. Ils n'appartiennent jamais aux individus qui les sculptent ou qui les manipulent.

Au Mali, on considère traditionnellement que sculpter un masque ou une statuette est un acte fort qui met en œuvre des énergies puissantes. Seuls les forgerons sont autorisés à sculpter ces objets car on les considère capables de maîtriser ces énergies grâce aux connaissances et au pouvoir qu'ils ont acquis au cours de leur initiation. Le processus de création des masques et des marionnettes est donc très spécifique dans la mesure où il suppose une collaboration étroite entre le sculpteur et les concepteurs de l’œuvre. Ainsi, Le forgeron sculpte les masques et les marionnettes sur commande et se conforme aux souhaits des membres de l'association quant à la forme et à l’iconographie. Les forgerons-sculpteurs ont donc peu de liberté au niveau de la conception de l'œuvre.
Sur le plan technique, les forgerons créent des mécanismes très sophistiqués destinés à animer les objets. Le public apprécie beaucoup les systèmes d’articulation et d'animation élaborés et originaux. Des trésors d’ingéniosité sont donc mis en œuvre par les forgerons pour surprendre et séduire les spectateurs, souvent plus attentifs aux mouvements des objets qu’à leur beauté plastique. Outre les systèmes sonores, on trouve des dispositifs sophistiqués qui permettent aux marionnettes de grandir, de cracher de l’eau ou des étincelles, de s'éclairer.

Du point de vue de la sculpture, les masques et les marionnettes se caractérisent par un style géométrisé et puissant.

 

Femme, marionnette bambara.
Photo : Michel Ozeray.
Pôle International de la Marionnette.

Dans les représentations féminines, l'emphase est mise sur les seins coniques et saillants dont la forme d’obus évoque la plénitude de la jeunesse, la maternité et la fertilité. Perchés sur de très longs cous, les visages sont majestueux et occupent une importance qui ne reflète pas les proportions naturelles. Les angles aigus des visages triangulaires donnent une impression de force et de rigueur. Les bouches projetées en avant confèrent souvent aux visages un air sérieux, si ce n'est boudeur. Les nez fins et droits, sans ailes marquées, forment une ligne droite qui accentue la construction géométrisée du visage. Surplombés par un haut front proéminent, les yeux sont fréquemment marqués par des clous en métal, parfois par des boutons.
De l'ensemble se dégage une impression de force et de majesté.

 

La sculpture des objets de théâtre est parfois d'une grande simplicité qui peut être mise en relation avec leur jeu scénique : faits pour la danse, les masques et les marionnettes ne sont pas conçus pour être observés de près, si bien que les détails de la sculpture ne sont pas nécessairement soignés.

 

 

Au terme de leur fabrication par le forgeron, les masques et les marionnettes sont soumis à des rites de sacralisation. Les finitions (peinture et ajout d'ornements) ne sont effectuées qu'après ces rites. La phase de décoration est fondamentale pour les objets de théâtre puisque c'est la gaieté des couleurs et la richesse des ornements qui vont leur donner leur identité visuelle. La géométrisation et la simplification extrêmes des formes, la vivacité et la naïveté des couleurs sont étroitement liées à la fonction festive des objets : l'art des masques et des marionnettes ne s'exprime pleinement qu'en dansant.

Pour les objets les plus anciens, la polychromie était obtenue par l'ajout d'élément métalliques, d'étoffes, de pigments naturels, de perles, de coquillages, de graines, etc. Depuis l'époque coloniale, les peintures industrielles sont très largement utilisées et confèrent aux objets du théâtre sogobò un caractère exubérant et baroque.

Les associations utilisent tous les matériaux qui sont à leur disposition et n'hésitent pas à faire de la récupération. Les boîtes de conserve métalliques sont découpées pour obtenir des ornements appréciés pour leur brillance ; les sacs de riz fournissent de longues fibres pour les costumes. Le plastique, le verre, le tissu, les fibres végétales, les peux, les plumes : tout est bon pour enrichir l'impact visuel des masques et des marionnettes. La diversité des matériaux utilisés et l'ingéniosité des artistes contribuent à faire de ces objets de véritables chefs-d'oeuvre du système D.

Des rythmes distincts

D'un point de vue stylistique, il est souvent difficile de distinguer les objets bozo des objets bamana ou malinké. Les masques et les marionnettes circulent beaucoup dans leur propre région, car ils sont régulièrement invités à danser dans les villages voisins. Les artistes eux-mêmes travaillent bien souvent en dehors de leur village, de leur région ou de leur groupe ethnique. Ainsi, il arrive que les artistes forgerons sculptent des œuvres pour des commanditaires qui n’appartiennent pas au même peuple qu'eux. Il existe enfin des marionnettistes ambulants ainsi que des forgerons itinérants qui contribuent à la circulation des formes, des techniques et des thèmes. Le mouvement des artistes et des œuvres est un facteur majeur de l'histoire de l’art, garant du renouvellement des formes et du dynamisme artistique.

Marionnette bambara (ou bozo ?). Photo : Christophe Loiseau.
Musée de l'Ardenne.

 

C’est plutôt en fonction des rythmes musicaux et des personnages que des différences peuvent être faites selon les communautés. Par exemple, les Bozo qui vivent essentiellement de la pêche vont accorder plus d'importance dans leur répertoire aux animaux aquatiques et aux activités liées au fleuve. Les Bamana et les Malinké accordent, quant à eux, une place prépondérante aux représentations liées à l’agriculture et à la chasse ainsi qu'aux animaux de la brousse. Cependant, il ne s’agit que de tendances générales, car les communautés bamana, malinké et bozo sont extrêmement liées les unes aux autres et s’influencent mutuellement tant au niveau des formes que des thèmes. 

Les informations qui peuvent être recueillies au moment de la collecte d’un objet sont donc fondamentales, puisque bien souvent seules ces informations précises permettent d'identifier le personnage représenté et d'attribuer un objet à une communauté plutôt qu'à une autre. Le répertoire du théâtre de masques et de marionnettes est très vaste puisqu'il s'inspire de la littérature orale traditionnelle (contes et légendes), des mythes religieux, de la vie quotidienne et de l’histoire.
Ce théâtre constitue un véritable miroir des sociétés traditionnelles du Mali. À travers cet art théâtral, les peuples bamana, malinké et bozo nous invitent à découvrir leur identité telle qu’eux-mêmes la définissent. 

Les animaux du répertoire

La valeur symbolique des animaux est très forte dans l'imaginaire des peuples du Mali. Les représentations d’animaux occupent une place prépondérante dans les mythes religieux, les récits de chasseurs, les contes et dans le théâtre de masques et de marionnettes. Les animaux de la brousse sont considérés comme particulièrement puissants et dangereux. Vivant dans le domaine des esprits de la nature, ils sont considérés comme doués de pouvoirs magiques. La brousse inculte et sauvage est conçue comme un monde dangereux peuplé de forces occultes en opposition au village et à la brousse cultivée, perçus comme le domaine de l’ordre et de la stabilité. Les animaux sauvages sont liés aux esprits de la brousse et montrent la puissance de la nature.
La représentation de ces animaux dans le théâtre de masques et de marionnettes assure la transmission aux jeunes générations de la riche littérature orale liée à ces animaux. Des masques et des marionnettes représentent des animaux qui ont disparu ou tendent à disparaître du territoire malien (girafes, éléphants, lions, hyènes, panthères, etc.). La connaissance de ces animaux ainsi que leur valeur symbolique persistent à travers les chants et les légendes transmis de génération en génération par le biais de cette forme de théâtre. S'intéresser au règne animal permet en outre d'explorer de façon métaphorique les relations humaines, mais également de proposer une réflexion sur le rapport entre l’homme et la nature. Les animaux symbolisent alors des qualités ou des défauts humains et permettent à l’homme de mener une réflexion sur sa propre nature.

Le thème de l’antilope est extrêmement répandu dans toute l'Afrique de l'Ouest et l'image de cet animal est honorée au Mali à travers de nombreux masques. Sa capacité à courir de longues heures sans se fatiguer fait d’elle un modèle de courage et de persévérance. C’est pour ces qualités particulières que l’antilope est devenue au Mali le symbole par excellence du travail agricole à travers les masques qui la représentent, appelés ciwara kun.

Antilope.
© musées Gadagne / Xavier Schwebel

 

Majestueux et puissant, le lion est admiré à travers toute l’Afrique pour sa force et sa combativité, mais il est craint en raison de sa brutalité. Il symbolise l'autorité politique, la bravoure et l'agressivité guerrière. Le lion représente ainsi la quintessence du guerrier, à la fois noble et destructeur.

Zan incarne lui aussi la puissance et l'agressivité des grands carnivores de la brousse. On l'appelle d’ailleurs jàraminèjàra, « le lion qui mange le lion ». Cet animal mythique est considéré comme le prédateur le plus redoutable de la brousse car il ne mange que les grands fauves carnivores. On dit que lorsque le lion aperçoit Zan, il se met à brouter l'herbe. 

 

L'hyène, appelée suruku ou nama, joue un des rôles les plus importants de la mythologie bamana. Elle est considérée comme un animal redoutable, doué d'une énergie vitale particulièrement puissante. Très présente dans les récits de chasse et dans les contes, elle présente un caractère ambivalent. Elle symbolise tour à tour la gourmandise, l'avidité, la bêtise et la traîtrise mais peut aussi être symbole de sagesse et de clairvoyance. Dans les chants de chasse et dans les mythes religieux, cet animal nocturne est associé au monde surnaturel et symbolise le savoir profond, la divination et la magie.

Le buffle, sigi, est considéré comme particulièrement puissant et dangereux. Il symbolise la force et la virilité. Il est un modèle pour les jeunes hommes qui souhaitent acquérir de la force, son courage et sa puissance sexuelle. A travers l'image du buffle qui est un animal particulièrement difficile à chasser, on rend également hommage au courage et à l'habileté des chasseurs.

Tête de marionnette-castelet du Mali : Sigimus.
Musée de l'Ardenne - photo Christophe Loiseau 
Tête de marionnette-castelet du Mali : Sigimus.
Musée de l'Ardenne - photo Christophe Loiseau

 

 

Monde des esprits, monde des hommes

Les religions traditionnelles du Mali sont qualifiées d' "animistes" dans le sens où elles honorent des esprits puissants liés à la nature. Les mythes religieux traditionnels sont une source d'inspiration importante pour le théâtre. 
Faro, divinité majeure honorée à la fois par les Bozo, les Malinké et les Bamana, est associée au ciel et au monde de l'eau. Faro représente l'harmonie, l'équilibre et la modération, qui sont des valeurs fondamentales au Mali. Cette divinité est l'image de le perfection tant physique que morale et de nombreuses marionnettes sont sculptées en son honneur.
Au Mali, les esprits de la nature sont appelés jinè. Ils peuvent être définis comme des esprits puissants, invisibles mais omniprésents. Selon les mythes et les légendes de cette région, les jinè sont les premiers êtres créés par Dieu.
Les esprits de la brousse sont perçus comme ambivalents : ils peuvent être bons s'ils sont honorés comme ils le souhaitent, mais peuvent également se montrer cruels s'ils se sentent bafoués ou méprisés. Les esprits de la nature sont donc craints et respectés à travers tout le Mali. Le théâtre traditionnel leur réserve une place prépondérante. Les esprits associés à l’eau, jiden, sont honorés par les hommes pour que les pluies soient généreuses, la terre fertile et les récoltes abondantes. Les Bozo honorent les esprits du fleuve pour assurer le succès de la pêche et la sécurité des hommes sur le fleuve.
Pour ce qui est du monde des hommes, le théâtre de masques et de marionnettes met en scène les archétypes qui permettent de définir la société dans son ensemble. Le théâtre conduit donc la communauté à mener une réflexion collective sur son identité. Tous les domaines de la vie quotidienne traditionnelle sont dépeints : les éleveurs peuls, les piroguiers bozo, les agriculteurs bamana. Les tâches du quotidien comme les activités professionnelles spécialisées sont évoquées : les chasseurs, les musiciens, les griots, les pileuses, les tisserands, les couturiers et même les fonctionnaires ou les ethnologues.

Tête de marionnette-castelet du Mali : pileuses.
Musée de l'Ardenne - photo Christophe Loiseau 

 

La représentation dans le théâtre de masques et de des marionnettes de la diversité des activités traditionnellement exercées au sein du village permet d'évoquer les multiples facettes de la vie villageoise et d'évoquer la cohésion de l'ensemble où chacun œuvre pour le bien de la communauté. Valoriser ainsi les activités du quotidien permet en outre de rendre hommage aux hommes et aux femmes du village.
Dans les sociétés traditionnelles bamana, bozo et malinké, les chasseurs, donso, sont respectés pour leur courage et leur parfaite connaissance de la brousse. Ils sont particulièrement admirés par la population puisqu'ils affrontent le monde de la brousse, perçu comme dangereux et hostile., Ils symbolisent la force et le courage de ceux qui parviennent à vaincre les animaux les plus puissants de la brousse.
La figure du cavalier illustre la puissance des nobles guerriers et la richesse. En Afrique de l'Ouest, posséder un cheval est resté longtemps un privilège réservé aux élites politiques et militaires. Les marionnettes de cavalier peuvent notamment faire référence aux prestigieux guerriers des empires médiévaux du Ghana et du Mali et mettent alors en valeur le passé glorieux du pays.

La puissance politique peut également être évoquée par la représentation des colons à cheval, brandissant un fusil ou un fouet. C'est alors le caractère despotique et violent de la puissance coloniale qui est mis en avant.

La représentation des personnages historiques permet d'évoquer la passé : Soundiata Keita, le dictateur Moussa Traoré, le général de Gaulle, etc.

Marionnette bambara : femme.
Photo : Christophe Loiseau.
Musée de l'Ardenne.

 

La femme est source majeure dans la création plastique africaine et elle constitue un des thème privilégiés du théâtre de masques et de marionnettes au Mali. La place de la femme est en effet considérable en Afrique, dans la société comme l’art. La femme donne la vie et garantit la continuité du lignage. Nourricière, elle est associée à la terre : elle symbolise l'abondance et la fertilité. Elle est aussi sensuelle et sa beauté a beaucoup inspiré les artistes. La séduction d’une femme est d’ailleurs évaluée sur le plan de la beauté physique mais aussi en fonction de ses qualités morales : modestie, réserve, générosité, dignité, courage et abnégation sont des qualités jugées importantes pour que la femme puisse jouer son rôle d'épouse et de mère. Maternelle, la femme rassure et protège le lignage ; séductrice, elle suscite la méfiance. Cette ambivalence est largement soulignée dans le théâtre de masques et de marionnettes du Mali : les qualités d'épouse et de mère sont valorisées tandis que la légèreté, la vanité et la frivolité sont condamnées. Les personnages mis en scène dans le cadre du théâtre de masques et de marionnettes incitent à une réflexion sur les rapports entre les hommes et les femmes au sein de la société : séduction, mariage, infidélité, polygamie. 

L'éthique et l'innovation

Comme les contes, le théâtre véhicule une éthique sociale et transmet un système de valeurs que le public est censé reproduire : le respect de la tradition et le respect des anciens, la nécessité de l’entraide, etc. Les masques et les marionnettes promeuvent les valeurs morales en faisant l'éloge des figures héroïques, de la tradition ou de l'actualité. Les marionnettes reprennent ainsi les comportements des personnes qui se sont distinguées en bien ou en mal : abus de pouvoir, tromperies, infidélités conjugales ou au contraire, actes de bravoure, de générosité, etc.
Le théâtre pose les questions fondamentales qui préoccupent l'homme : le rapport entre l’homme et la nature, le lien entre le monde visible et invisible, les relations sociales. À travers ces quelques exemples choisis dans le répertoire traditionnel, on devine la richesse du théâtre malien. Le répertoire de cet art vivant ne cesse d’ailleurs de s'enrichir de nouvelles créations qui témoignent de la vitalité des associations culturelles et de leur intense créativité. De nouveaux masques et de nouvelles marionnettes sont régulièrement introduits dans Le répertoire. Quand des personnages nouveaux sont créés, leur apparition suscite un très vif enthousiasme. La créativité se trouve ainsi encouragée par les réactions chaleureuses du public. Ces nouvelles formes reflètent les changements de la société malienne. Ainsi, dans les dernières décennies, des masques représentant des figures d'Européens, des personnages politiques contemporains ou des inventions modernes telles que les avions, les voitures, les camions ou les bicyclettes, sont venues enrichir le répertoire traditionnel, tandis que d’autres représentations ont disparu. Cette introduction de thèmes nouveaux est naturelle, car le théâtre de masques et de marionnettes fonctionne comme un miroir de la société dont il reflète l’évolution. Cette évolution du répertoire ne doit donc pas être perçue comme une dégénérescence regrettable de la tradition. Il faut au contraire y voir le signe que cette tradition est bel et bien vivante. La société malienne, comme toute société, est en constante évolution et le théâtre de masques et de marionnettes reflète la transformation du pays. Les mutations des structures religieuses traditionnelles induisent en outre un profond bouleversement au niveau du patrimoine matériel et immatériel de la communauté : les masques sacrés sont de plus en plus
présents dans le théâtre traditionnel. Les objets emblématiques des cultes animistes perdent, dans certaines zones, leur caractère religieux et connaissent une seconde vie dans le cadre des danses de masques et de marionnettes. Le théâtre apparaît alors comme un conservatoire de formes culturelles anciennes puisqu'il permet la sauvegarde des formes plastiques religieuses mais également des mythes, des chants, des musiques et des danses qui leur sont associés. Le théâtre contribue ainsi à préserver un héritage culturel et religieux majeur : il transmet des formes anciennes et perpétue les mythes qui leur sont associés, leur évitant de sombrer dans l'oubli.

Le théâtre de masques et de marionnettes au Mali est traditionnel dans le sens où les objets théâtraux et le répertoire symbolique mis en œuvre constituent un patrimoine culturel transmis de génération en génération. C’est un héritage du passé, que de nombreuses générations ont perpétué tout en le faisant évoluer. La notion de tradition ne s'oppose en aucun cas à la notion d'évolution et il est naturel que les nouvelles générations adaptent les formes héritées du passé à leur propre réalité. Le répertoire du théâtre comprend ainsi des formes anciennes issues des cultures ancestrales, mais également des créations nouvelles qui reflètent les changements récents que le pays connaît au niveau culturel, religieux et social. Il se transforme à mesure que la société évolue. Le théâtre de masques et de marionnettes est à l’image de la société malienne qui se caractérise par son identité à la fois traditionnelle et moderne. Cette expression artistique est considérée comme représentative de l'identité malienne par une grande partie de la population, toutes origines ethniques confondues. Le succès croissant du Festival de Markala et du Festival sur le Niger à Ségou témoigne de cette prise de conscience quant à la nécessité de protéger et de promouvoir cette expression théâtrale spécifique pour préserver la diversité culturelle du Mali. 

Marionnette du Mali : Tête bicéphale.
photo Christophe Loiseau
Musée de l'Ardenne.

 

Créations du XXIe siècle

La richesse de la création contemporaine malienne dans le domaine théâtral est également remarquable et mérite que nous nous y intéressions ne serait-ce que brièvement. Beaucoup de marionnettistes maliens contemporains s'inspirent de l’art théâtral traditionnel tout en renouvelant les formes, les techniques mais aussi le langage scénique.

Parmi les marionnettistes qui contribuent au dynamisme de cet art au Mali, nous pouvons citer monsieur Yaya Coulibaly. Initié au théâtre traditionnel dans sa jeunesse, ce marionnettiste a découvert des nouvelles techniques de création et de manipulation à l’Institut national des arts de Bamako qui lui ont permis de créer des œuvres personnelles, à mi-chemin entre tradition et modernité. Il réalise avec sa troupe Sogolon des spectacles inspirés de la tradition orale malienne tout en utilisant des techniques propres à d’autres traditions, notamment celle des marionnettes à fils. Il a également introduit la narration dans ses spectacles de façon à s'adresser à un public plus large. Les spectacles de Yaya Coulibaly sont aujourd’hui joués dans le monde entier et il contribue par son travail au rayonnement du théâtre malien de masques et de marionnettes. 

Troupe Sogolon. Photo issue du fonds iconographique du
Pôle International de la Marionnette - Jacques Félix

 

Le travail du marionnettiste bamana Tiorri Blé Diarra s'inscrit également dans cette volonté de perpétuer une forme d’art héritée du passé. Lorsqu'il était jeune, les marionnettes ont disparu de son village, mais les vieux continuaient à évoquer les histoires associées à ces objets. Nourri de ces souvenirs, Tiorri Blé Diarra a décidé de faire revivre ces personnages en sculptant des marionnettes inspirées des histoires anciennes et en les faisant jouer à nouveau (6).

 

La troupe Mawassadie, dirigée par Broulaye Camara et installée à Dogodouman dans la région de Bamako, s'inscrit aussi dans cette volonté d'enrichir et de moderniser la pratique traditionnelle du théâtre. Broulaye Camara a été initié au
théâtre traditionnel de masques et de marionnettes lorsqu'il était adolescent et continue aujourd’hui encore à s'investir personnellement dans l'association théâtrale de son village. Après cette formation traditionnelle, Broulaye Camara a reçu une formation d’art dramatique à l’Institut national des arts de Bamako et a fait partie pendant plusieurs années de la troupe nationale des marionnettes du Mali. Son art est donc à la fois tourné vers la tradition et la modernité — il s'inspire du Mali, mais ouvre sur le monde. Il met en œuvre des techniques plus modernes comme celle des marionnettes à fils et utilise la narration, mais il perpétue aussi des marionnettes géantes empruntées directement au répertoire traditionnel comme l'oiseau, le lion, le singe ou la girafe. Le foisonnement des expressions artistiques actuelles qui s’'inspirent du théâtre traditionnel de masques et de marionnettes souligne là encore la richesse et la vitalité de cet art théâtral joyeux et coloré.
Un hommage peut être rendu ici à tous les artistes qui font vivre et enrichissent le théâtre de masques et de marionnettes au Mali, qu’ils choisissent la tradition ou la modernité comme guide. Tous contribuent à préserver et à transmettre ce riche héritage culturel.

 

6. Olenka Darkowska-Nidzgorski, "La Marionnette africaine", dans Chérif Khaznadar (dir.), Internationale de l'Imaginaire n°8 : Le Corps tabou, Maison des Cultures du monde / Actes Sud-Babel, Paris/Arles, 1998.

En savoir plus sur Yaya Coulibaly

  • Entretien avec Yaya Coulibaly
  • Yaya Coulibaly, acteur culturel - Mali
  • Yaya Coulibaly en spectacle
  • Animating Animals
  • Article dans Manip n° 26 (2011), p.14
  • Article dans la WEPA
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